Un jour, j'appris que mon plus jeune frère avait été tue, un autre jour, on m'annonça que mon frère aîné étaitblesséà mort . enfin, après une journée pendant laquelle j'avais écouté avec terreur le bruit du canon qui se rapprochait incessamment, je vis arriver mon père avec une centaine de cavaliers, débris de trois mille hommes qu'il commandait. Il venait s'enfermer dans notre château, avec l'intention de s'ensevelirsous ses ruines. Mon père, qui ne craignait rien pour lui, tremblait pour moi. En effet, pour mon père, il ne s'agissait que de la mort, car il était biensûr de ne pas XII LES MONTS CARPATHES. 119 Page 123 Les mille et un fantomes tomber vivant aux mains de ses ennemis . mais, pour moi, il s'agissait del'esclavage, du déshonneur, de la honte, Mon père, parmi les cent hommes qui lui restaient, en choisit dix, appela l'intendant, lui remit tout l'or et tousles bijoux que nous possédions, et, se rappelant que, lors du second partage de la Pologne, ma mère, presque enfant, avait trouvé un refuge inabordable dansle monastère de Sahastru, situé au milieu des monts Carpathes, il lui ordonna de me conduire dans ce monastère, qui, hospitalier à la mère, ne serait pasmoins hospitalier, sans doute, à la fille, Malgré le grand amour que mon père avait pour moi, les adieux ne furent pas longs. doudoune lacoste homme, Selon toute probabilité, lesRusses devaient être le lendemain en vue du château. Il n'y avait donc pas de temps à perdre, Je revêtis à la hâte un habit d'amazone, avec lequel j'avaisl'habitude d'accompagner mes frères à la chasse, On me sella le cheval le plus sûr de l'écurie, mon père glissa ses propres pistolets, chefd'oeuvre de lamanufacture de Toula, dans mes fontes, m'embrassa, et donna l'ordre du départ. Pendant la nuit et pendant la journée du lendemain, nous fîmes vingt lieuesen suivant les bords d'une de ces rivières sans nom qui viennent se jeter dans la Vistule, Cette première étape doublée nous avait mis hors de la portée desRusses. Aux derniers rayons du soleil, nous avions vu étinceler les sommets neigeux des monts Carpathes. Vers la fin de la journée du lendemain, nousatteignîmes leur base, enfin, dans la matinée du troisième jour, nous commençâmes à nous engager dans une de leurs gorges. Nos monts Carpathes neressemblent point aux montagnes civilisées de votre Occident. Tout ce que la nature a d'étrange et de grandiose s'y présente aux regards dans sa plus complète majesté. survetement lacoste pas cher pour homme Leurs cimes orageuses se perdent dans les nues, couvertes de neiges éternelles . leurs immenses forêts de sapins se penchent sur le miroir polide lacs pareils à des mers . et ces lacs, jamais une nacelle ne les a sillonnés, jamais le filet d'un pêcheur n'a troublé leur cristal, profond comme l'azurdu ciel . la voix humaine y retentit à peine de temps en temps, faisant entendre un chant moldave auquel répondent les cris des animaux sauvages . chant etcris vont éveiller XII LES MONTS CARPATHES. 120 Page 124 Les mille et un fantomes quelque écho solitaire, tout étonné qu'une rumeur quelconque lui aitappris sa propre existence, Pendant bien des milles, on voyage sous les voûtes sombres de bois coupés par ces merveilles inattendues que la solitude nous révèle à chaque pas, et qui font passer notre esprit de l'étonnement à l'admiration. Là, le danger est partout, et se compose de mille dangers différents .